VECTOR CONTROL
LUTTE CONTRE LE VECTEUR
EVALUATION D’UN NOUVEAU PIEGE EFFICACE POUR LA
CAPTURE DES TABANIDES ET DES STOMOXES
EVALUATION
OF A NEW TRAP FOR TABANIDS AND STOMOXYINES
Dia,
M. L.1 , Desquesnes, M1,2., Elsen, P3,
Lancelot, R2,4
1. CIRDES, BP 454
01 Bobo-Dioulasso,
2.CIRAD-EMVT, BP 5035,
34032 Montpellier, France
3. Champ des Buissons
32 , B-1325 Chaumont-Gistoux, Belgique
4. ISRA-LNERV, BP 2057
Dakar-Hann, Sénégal
Summary
The impact of
tsetse flies in the transmission of trypanosomes has long time masked that of
mechanical vectors. Tabanids and stomoxyines have direct effects (cutaneous
lesions, blood spoliation, sound and visual harassment, etc.) and indirect
effects (transmission of pathogenic agents) on livestock which can have
significant medical and economical impact.
In
The authors
compared trapping performances of a new trap (so-called Tetra), conceived and
developed by Desquesnes at CIRDES, with Nzi trap. During one year, both traps
have been used every two days and regularly rotated to collect insects in
A collection of
tabanids caught on this occasion is available at CIRDES, as well as a booklet
of information and identification of the most common West African Tabanids.
Key words:
Résumé
L’importance des glossines dans la transmission des trypanosomes a
longtemps masqué celle des tabanides et des stomoxes. Pourtant, ces derniers,
qualifiés de vecteurs mécaniques, ont sur le bétail des effets directs
(lésions cutanées, spoliation sanguine, harcèlement visuel et sonore, etc.) et
indirects (transmission d’agents pathogènes) qui peuvent avoir d’importantes
conséquences médicales et économiques.
En Afrique de l’Ouest, la capture des ces vecteurs mécaniques reposait
surtout sur l’utilisation de pièges destinés aux glossines. Seul le piège Nzi,
mis au point au Kenya par Mihok, était jugé efficace pour la capture des
tabanides et des stomoxes.
Les auteurs ont comparé les résultats de capture d’un piège dénommé
« Tétra », conçu et mis au point par Marc Desquesnes (non publié) au
CIRDES, par rapport au Nzi. Pendant une année, à Lahirasso au Burkina Faso, les
deux pièges sont contrôlés tous les deux jours et subissent des rotations
régulières. Au total, 113.121 tabanides et 23.487 stomoxes ont été collectés.
En fonction des emplacements, les captures du Tétra varient de 57,1% à 62,2%
chez les tabanides et de 50 à 21,5% chez les stomoxes. Les résultats montrent
que le piège Tétra est un outil efficace pour la capture des vecteurs
mécaniques des trypanosomoses animales.
Un opuscule d’identification des Tabanides capturés à cette occasion est
disponible sur demande au CIRDES.
Mots-clés : Burkina Faso, piège Tétra, piège Nzi, piège
monoconique, piège biconique, vecteurs mécaniques, Tabanides, Stomoxes,
Introduction
La lutte contre les insectes vecteurs des trypanosomes a longtemps reposé
sur l’utilisation massive d’insecticides, puis s’est orientée vers des
techniques moins polluantes. La mise au point de pièges pour la capture des
glossines (5) a beaucoup contribué à la lutte contre les trypanosomoses
animales (6) ; par sa simplicité et son faible coût, le piégeage constitue
l’une des alternatives les plus acceptées pour la participation communautaire
et le respect du milieu.
Les tabanides et les stomoxes, vecteurs mécaniques d’agents pathogènes, ont
sur le bétail, des effets directs (lésions cutanées, spoliation sanguine,
harcèlement visuel et sonore, etc.) et indirects par la transmission, entre
autres, d’agents pathogènes responsables des trypanosomoses animales à T.
vivax et T. evansi.
Les techniques de capture de ces insectes ont fait l’objet de nombreux
essais dans différents pays. Ainsi, aux USA, diverses techniques de capture des
tabanides, dont le piège Canopée, ont permis de conduire de vastes études
faunistiques (11,12,7,20). En Guyane française, d’importants travaux ont été
menés, en particulier sur le piège de Malaise, afin de mettre en évidence le
meilleur procédé pour la capture des tabanides et des stomoxes. Il a ainsi été
démontré que le gaz carbonique améliore très sensiblement le rendement du piège
de Malaise (19). Au Kenya, Mihok a testé plusieurs pièges constitués de tissus
de différentes couleurs (14) ; le piège Nzi, s’est révélé efficace pour la
capture des glossines, mais également pour celle des tabanides et des stomoxes
(13, 15). Divers travaux réalisés en Afrique de l’Ouest et particulièrement
ceux d’Amsler au CIRDES (2, 3, 4), ont montré que le méta-crésol et l’octénol
associés aux pièges à glossines accroissent considérablement leur capture, mais
également celle des tabanides.
Afin d’améliorer la capture et la connaissance des tabanides et des
stomoxes ainsi que leur rôle potentiel dans la transmission des trypanosomes du
bétail, des travaux ont été menés pour développer un piège plus efficace. Les
pièges utilisés en Afrique ont été initialement conçus pour capturer des tsétsé
et étaient les seuls disponibles pour la capture des autres insectes piqueurs
du bétail. Le piège Nzi s’est avéré le plus efficace pour la capture des
tabanides et stomoxes, mais les travaux menés par Foil ont montré que près de
70% des insectes approchant le piège n’y pénètrent pas (L. Foil, communication
personnelle). Une amélioration de ce piège a donc été entreprise, en conservant
l’apparence de sa façade, mais en augmentant le nombre d’ouverture et en
multipliant les faces de capture. Ainsi, un nouveau piège dénommé Tétra a été
mis au point (Desquesnes, non publié) et son évaluation est relatée dans la
présente communication.
Matériel et Méthodes
2.1. Site d’étude
L’étude s’est déroulée dans la Province du Houet, Département de Padéma,
sur un site distant de 3 km du village de Lahirasso. Elle a duré deux
ans : décembre 2000 à décembre 2002. Au cours des trois dernières
campagnes agricoles, les quantités de pluies enregistrées sont illustrées dans
la figure 1a. La moyenne pluviométrique de ces trois dernières années est de
840±17,40 mm. De façon relative, la pluviométrie en 2000 a été plus importante
qu’en 2001 et 2002. La totalité de cette pluviométrie est concentrée en juillet
et août (figure 1b)
Figure 1a.
Pluviométrie de 2000, 2001 et 2002 Figure
1b. Pluviométrie mensuelle

Le site se trouve dans une plaine inondable à 1,2 km environ du fleuve
Mouhoun. La végétation est de type soudano-sahélienne. Autour du site, le sol
est occupé par des cultures de champs offrant ainsi un aspect très dégagé. A
l’est, il y a une rizière et à l’ouest un bosquet de Mitragyn africana
où la mare temporaire garde l’eau pendant une partie de l’année. L’arrière du
site offre à décrire des ligneux dominés par Khaya senegalensis, Pilostigma
tonningii, Ziziphys sp. Sclerocarya birrea, etc.
2.2. Pièges
Quatre types de piège ont été utilisés : le biconique ((5) ; photo
1), le monoconique (photo 2), le Nzi ((13) ; photo 3) et le Tétra (photo
4).
Photo 1. (Biconique) Photo 2. (Monoconique)


Photo 3. (Nzi) Photo 4. (Tétra)


Le piège "Tétra" a été conçu sur la base de l’apparence de la
façade du piège Nzi, en basculant le panneau
avant bleu vers l’intérieur du piège pour permettre l’entrée des insectes au
niveau supérieur du piège, et en multipliant par quatre le nombre de façades
(d’où l’appellation « Tétra »). Au
total, il possède donc 8 entrées. Il est à base carrée de 160 cm de haut et 120
cm d’arête, possède quatre quartiers symétriques de 80 cm de profondeur et de
120 cm de large, avec une entrée supérieur située dans le tissu bleu et une
entrée inférieure située à la croisée des tissus bleu et noir. Il est délimité
à l’intérieur par un croisillon de moustiquaire et recouvert d’un cône de
moustiquaire. Il possède en outre des volets horizontaux anti-retour situés
au-dessous du panneau horizontal bleu et au-dessous du cône de moustiquaire. La
pénétration des insectes à vol bas est identique à celle de la façade du Nzi,
mais la pénétration des insectes à vol haut est rendu possible par le placement
à l’oblique du panneau horizontal bleu. Les clapets anti-retour évitent la
sortie des insectes qui ne peuvent pénétrer aussi profondément que dans le
piège Nzi.
2.3. Collecte des données
Selon leurs emplacements, les pièges sont répartis en 2 groupes : le groupe
A est composé de 4 pièges : Mono, Bico, Nzi et Tétra ; le groupe B de 3
pièges : Nzibis, Tétrabis, Bicobis. Pour le groupe A, les pièges ne sont
munis de cage qu’un jour sur deux.. Pour le groupe B, les pièges sont contrôlés
quotidiennement. Les contrôles se font en fin de journée ; les cages
Roubaud sont retirées des cônes, les insectes récoltés préalablement tués sont
dénombrés et identifiés par des clés de détermination (1, 16)
Par ailleurs, le piège Nzi s’étant, dans les études antérieures, révélé le
plus efficace dans la capture des vecteurs mécaniques (13,14,15), a été choisi
comme piège de référence pour évaluer les performances du piège tétra. Dans cet
objectif, les pièges Nzi et Tétra ont fait l’objet de rotations en carré latin
entre août et décembre pour chaque mois pendant 4 jours.
3. Résultats
3.2. Performance de pièges
La population des tabanides est composée de deux sous-familles : Tabanidae
et Chrysopsinae et de quatre genres : Atylotus, Tabanus,
Chrysops et Ancala. Les stomoxes appartiennent à la sous-famille
des Stomoxyinae et du genre Stomoxys.
Tableau 1a. Tabanides et stomoxes capturés par les pièges
du groupe A
|
|
Tabanides |
Stomoxes |
||||||||
|
|
Mono |
Bico |
Nzi |
Tétra |
Total |
Mono |
Bico |
Nzi |
Tétra |
Total |
|
Janvier |
362 |
314 |
1384 |
3322 |
5382 |
636 |
311 |
288 |
671 |
1906 |
|
Février |
391 |
391 |
1063 |
3037 |
4882 |
589 |
589 |
302 |
809 |
2289 |
|
Mars |
206 |
206 |
521 |
1315 |
2248 |
350 |
350 |
169 |
416 |
1285 |
|
Avril |
35 |
35 |
82 |
202 |
354 |
93 |
93 |
114 |
166 |
466 |
|
Mai |
5 |
5 |
41 |
113 |
164 |
68 |
68 |
78 |
91 |
305 |
|
Juin |
4 |
4 |
68 |
140 |
216 |
111 |
111 |
73 |
62 |
|