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ESSAI DE LUTTE CONTRE GLOSSINA MORSITANS SUBMORSITANS, G. PALPALIS GAMBIENSIS ET G. TACHINOIDES EN ZONE SOUDANO GUINEENNE A L'AIDE DE PIEGES IMPREGNES DE DELTAMETHRINE ET AVEC LA PARTICIPATION DES COMMUNAUTES RURALES
CONTROL TRIAL ON GLOSSINA MORSITANS SUBMORSITANS, G. PALPALIS GAMBIENIS AND TACHINOIDES IN THE SUDANESE-GUINESE ZONE OF MALI, USING DELTAMETHRIN IMPREGNATED TRAPS WITH RURAL COMMUNITIES PARTICIPATION
A. Djiteye1, A. Koné2, I. Sidibé2, B. Ouologuem3, H. Djouara3, Z. Bengaly2, Z. Bocoum1, B. Diarra1 & A.W. Diarra4
FINANCE PAR UE / PROCORDEL / CIRDES
1 Laboratoire Central Vétérinaire, LCV, BP 2295, Bamako, Mali
2 Centre International de Recherche-développement sur l’élevage en zone Sub-humide, CIRDES, 01 BP 454, Bobo-Dioulasso 01, Burkina Faso
3 Institut d’Economie Rurale, IER, BP 258 , Bamako, Mali
4 Opération N’Dama Yanfoilila, ONDY, Madina-Diassa, Mali
Summary
Glossina palpalis gambiensis and G tachinoides infest the Baoulé river and all its tributaries with average apparent densities often higher than 30 flies per trap per day. Glossina morsitans submorsitans is widely distributed in all the biotopes. It’s average rate of infection by the trypanosomes is 27,27% ; 41,66% of the infections are due to Trypanosoma vivax, compared 16,66% for T congolense. The low average rate of infection 3,20% observed with the BCT test on N’Dama cattles is explained by their frequent treatments by trypanocidal drugs. The serologic ELISA test gave an average prevalence of 83,01%.
The installation of the impregnated traps with deltamethrin by local communities in 10 villages, in areas proned to trypanosomosis caused a drastic fall of the density of flies populations.
A total reduction rate average of 97 % was obtained on the villages of the southern part, compared to 93 0% for the villages in north. In forest gallery an average reduction rate of 91.4 –100 % was observed for Glossina palpalis gambiensis, compared to 88.75 - 97,75 % for G tachinoides. In woody savannah, the reduction rate average for G morsitans submorsitans was 98.26 – 99.62 %.
The installation of impregnated traps on other zones at risks to be identify by the space analysis (GIS) will probably increase the effectiveness of this control trial against G morsitans submorsitans, the most dangerious sub species.
The tsetse flies and trypanosomiasis control activities had a very positive impact on the livestock and the human population. In spite of the reduction in the purchases for stocking, the cattle population increased by 24.0% between 2000 and 2004, following a considerable fall in the abortions and mortalities. During this same period, the production of milk per cow increased from 0.5 liter per day to 1.5 liters, and numbers of donkeys multiplied by 13.
In 2000, before the control activities, the total cost on cattle for the 10 villages was estimated at 8,301,120 Fcfa (1 EURO = 655.93 Fcfa) and the expenditure in trypanocidal drugs accounted for approximately 80% of this. In 2004, after the control, the total expenditure of the 10 villages for the cattle fell to approximately 5.8 millions Fcfa a reduction of 30%. The expenditure in trypanocidal drugs accounted for only 45% of the total expenditure.
From 2000 to 2004 the added value of the cattle passed from approximately 74 million to 148 million Fcfa, that is to say an increase in approximately 100%. The total agricultural added value of the 10 villages passed from 137.7 million in 2000 to 368 million in 2004 is an increase of 167%.
The annual average cost of the control activities is approximately 85,000 Fcfa per village, that is about 3,251 Fcfa per farm. The control activities gives a marginal rate of profitability of 6,593%, i.e. each 1 Fcfa invests in the anti-vectorial control is recovered with a Net benefit of 6,593 Fcfa. That shows that to the rural communities tsetse flies and trypanosomiasis control is a very profitable economic activity.
Résumé
Glossina palpalis gambiensis et G. tachinoides infestent la rivière Baoulé et ses affluents au niveau de toutes les localités, avec des densités apparentes moyennes souvent supérieures à 30 glossines / piège / jour. Glossina morsitans submorsitans est largement distribuée dans tous les biotopes. Le taux moyen d’infection de G. morsitans submorsitans par les trypanosomes est de 27,27%. Les femelles ont un taux d’infection de 34,78%, contre 19,04% pour les mâles. 41,66% des infections sont dues à Trypanosoma vivax, contre 16,66% dues à T. congolense. Les faibles taux d’infection 3,20% (variant entre 0 et 10,90%) observés chez les bovins N’Dama à la BCT, s’expliquent par les traitements fréquents aux trypanocides. Les infections à Trypanosoma congolense représentent 89,50% des cas positifs, contre 10,50% pour T. vivax. Les tests sérologiques par l’ELISA ont donné une prévalence moyenne de 83,01%, variant de 69,56% à 90,90%, selon les localités.
L’installation des pièges imprégnés par les communautés locales de 10 villages dans les endroits à risques a provoqué une chute drastique de la densité des populations de glossines. Un taux de réduction moyen global de 97,00% a été obtenu au niveau des villages du Sud, contre 93,00% pour ceux du Nord. En galerie forestière, un taux moyen de réduction de 91,40 – 100% a été observé chez Glossina palpalis gambiensis, contre 88,75% - 97,75% chez G. tachinoides. En savane boisée, un taux de réduction moyen de 98,26% - 99,62% a été observé chez Glossina morsitans submorsitans.
L’installation de pièges imprégnés au niveau d’autres zones à risques identifiables par l’analyse spatiale (SIG) pourrait augmenter sans nul doute l’efficacité de cette action de lutte contre G. morsitans submorsitans, espèce de savane la plus dangereuse.
Les activités de lutte contre les glossines et la trypanosomose ont eu un impact très positif sur le cheptel et la population humaine. Malgré la baisse des achats, le cheptel bovin a augmenté de 24% entre 2000 et 2004, suite a une baisse considérable des avortements et des mortalités. Durant cette même période, la production de lait par vache est passée de 0,5 litre par jour à 1,5 litres par jour, et le nombre des ânes a été multiplié par 13.
En 2000, avant la lutte anti-tsé-tsé, les charges totales pour le bétail des 10 villages s’estimaient à 8 301 120 francs Fcfa et les dépenses en trypanocides représentaient environ 80%. En 2004, à la faveur de la lutte anti-vectorielle, les dépenses totales des 10 villages pour le bétail ont chuté à environ 5,8 millions de Fcfa, soit une réduction de 30%. Les dépenses en trypanocides ne représentent que 45% des dépenses totales. De 2000 à 2004, la valeur ajoutée du bétail est passée d’environ 74 millions à 148 millions francs CFA, soit une augmentation d’environ 100%. La valeur ajoutée agricole totale des 10 villages est passée de 137,7 millions en 2000 à 368 millions en 2004, soit une augmentation de 167%.
Le coût moyen annuel de la lutte est d’environ 85 000 francs CFA par village, soit 3 251 francs CFA par exploitation agricole. La lutte anti-tsé-tsé donne un taux marginal de rentabilité de 6593%, c'est-à-dire que chaque 1 Fcfa investit dans la lutte anti-vectorielle est récupérée avec un bénéfice net de 6 593 Fcfa. Cela montre que la lutte anti-vectorielle est une activité communautaire très rentable du point de vue économique.
Introduction
La zone d’intervention est située dans l'arrondissement de Yorobougoula du cercle de Yanfolila (région de Sikasso) où la trypanosomose animale constitue une contrainte majeure. La zone de Yorobougoula qui abrite le ranch de Madina-Diassa, couvre une superficie d'environ 1 600 km2, elle comporte 34 villages peuplés de 13 550 habitants, 8 396 bovins et 7 255 ovins-caprins. Elle est comprise entre les latitudes 10° 40' N - 11° 15' N et les longitudes 7° 30' W - 8° 10' W. Cette zone d'intervention est limitée par la rivière Baoulé à l'est et la rivière Ouassoulou Balé à l'ouest. La zone à climat tropical semi-humide de type soudano-guinéen (pluviométrie moyenne annuelle = 1 300 mm), est infestée par les trois espèces de glossines présentes dans le pays : Glossina morsitans submorsitans, G. palpalis gambiensis et G. tachinoides.
L'arrondissement de Yorobougoula est couvert par le "Projet du Centre communautaire de production de géniteurs bovins de Madina-Diassa au Mali", financé par prêt sur Fonds CEDEAO en 1995-2000. Depuis son démarrage en 1973 sous le nom d'OPÉRATION N'DAMA YANFOLILA" (ONDY), ce projet a été cofinancé par le Fonds européen de Développement (FED) et le gouvernement malien jusqu'au 31 décembre 1993.
Objectif général
L'objectif général de ce projet est de soutenir l'effort des communautés villageoises dans la vulgarisation de nouvelles méthodes de lutte contre la mouche tsé-tsé et la trypanosomose animale et, par conséquent, aboutir à une amélioration de la santé animale et de la production agricole par une utilisation accrue de la culture attelée et du fumier dans un système de production intégré dans le sud du pays. Il pourra s'ensuivre une augmentation des revenus tirés de l'agriculture et de l'élevage, et une atténuation progressive de la pauvreté des agropasteurs.
Objectifs spécifiques
A l'aide des services techniques de l'Etat, organiser la lutte contre la mouche tsé-tsé et la trypanosomose animale au niveau de 10 villages de l'arrondissement de Yorobougoula, par la sensibilisation, la vulgarisation et la formation des populations locales et la mise en œuvre des Systèmes Attractifs Toxiques (SATs) adaptés; et mener des enquêtes entomologiques et protozoologiques dans les différentes zones, et faire des études d'impact socio-économiques, des changements provoqués, suite à l'emploi stratégique de moyens intégrés et auto gérables de lutte contre les vecteurs et/ou les parasites.
2. Matériel et méthode
2.1 Enquêtes entomologiques
Les études entomologiques ont été réalisées au niveau des points de contrôle désignés par les communautés villageoises comme zones à risques de transmission de la trypanosomose. Au niveau de chaque localité, environ 5 points ont été choisis le long des cours d’eau (galerie) pour les espèces riveraines et 5 en savane boisée pour l’espèce de savane.
Les densités apparentes (nombre de glossines / piège / jour) ont été estimées par biotopes et par localité pour les trois espèces de glossines présentes. Des dissections ont été effectuées pour la détection des trypanosomes dans l’appareil digestif des glossines.
Carte 1 : Localisation de la zone du projet ONDY
Image 1 : Résultat de la classification de l'image satellite

Image 2 : Densité apparente des espèces de glossines

Les captures effectuées autour de Guélékétiguila, ont révélé des densités fortes de G. palpalis gambiensis (atteignant souvent 30) et des faibles densités de G. morsitans submorsitans.
Des densités très fortes de glossines infestent le Ranch de Madina-Diassa, elles ont atteint 21 pour G. tachinoides et 54 pour G. palpalis gambiensis le long de la rivière Baoulé, et 122 pour G. morsitans submorsitans.
Le taux moyen d’infection de G. morsitans submorsitans par les trypanosomes est de 27,27%. Les femelles ont un taux d’infection de 34,78%, contre 19,04% pour les mâles. 41,66% des infections sont dues à Trypanosoma vivax, contre 16,66% dues à T. congolense
Eco-distribution des glossines le long d’un affluent de la rivière Baoulé ( Photo 3; Image 3 et Image 4)
Treize (54,16%) des 24 pièges installés le long du cours d’eau ont capturé 80 Glossina morsitans submorsitans (44 mâles + 36 femelles), soit une densité apparente moyenne de 3,33 glossines/piège /jour. Les densités apparentes de cette espèce de savane varient de 1 à 20. Trois (12,5%) des 24 pièges ont capturé 13 G. palpalis gambiensis (8 mâles + 5 femelles).
Dix sept (89,47%) des 19 pièges posés à un kilomètre au Nord du cours d’eau ont capturé 63 Glossina morsitans submorsitans (18 mâles + 45 femelles), soit une densité apparente moyenne de 3,31 glossines / piège / jour. Les densités apparentes de cette espèce de savane varient de 1 à 6.
Dix sept ( 77,27%) des 22 pièges installés à un kilomètre au Sud du cours d’eau ont capturé 54 Glossina morsitans submorsitans (16 mâles + 38 femelles), soit une densité apparente moyenne de 2,45 glossines / piège / jour. Les densités apparentes de cette espèce de savane varient de 1 à 6. Une seule femelle de G. palpalis gambiensis a été piégée.
Photo 3 : Barrage de Gouna par Dr André Koné
Image 3 : Des points de capture pour l’eco-distribution des glossines

Image 4 : Ecodistribution des glossines
3.2 Enquêtes protozoologiques (BCT et tests sérologiques)
Sur 593 échantillons examinés dans les 9 villages, seuls 19 cas positifs ont été décelés à la BCT (soit 3,2%). Il ressort de ce tableau que les taux d’infection sont globalement bas, variant entre 0,0 et 10,9%. Cette variabilité n’est pas fonction de la situation du village. D’ailleurs, le village de Linfara où le taux d’infection a été le plus important est situé au Nord de la zone d’étude. Nous pensons que le faible taux de prévalence constaté peut avoir comme explication les traitements fréquents. Les animaux sont soumis à des traitements trypanocides permanents administrés soit par le vétérinaire privé (mandataire), soit par les producteurs eux-mêmes. Cette pratique pourrait, à plus ou moins long terme, entraîner ou favoriser la résistance aux trypanocides et nous avons attiré l’attention des producteurs et des encadreurs sur les conséquences d’un tel phénomène. Nous avons constaté une large prédominance des infections à Trypanosoma congolense (17/19 soit 89,5% de cas positifs) par rapport à T. vivax (2/19 soit 10,5%). Ce sont les 2 seules espèces qui ont été mises en évidence, aucun cas d’infection à T. brucei n’ayant été détecté.
Le tableau ci-dessous est un récapitulatif des échantillons de sang et de « buffy coat » prélevés, du nombre de cas d’infection et des taux d’infection par village(Fig.1) et les résultats sérologiques (Fig. 2) donnant une prévalence moyenne de 83,01% (variant de 69,56% à 90,90%).
Villages |
Nombre de prélèvements |
Echantillons pour PCR |
Cas positifs
à la BCT (%) |
Sérologie ELISA
(%) |
| Kanibougoula |
70 |
10 |
0 |
85,48% |
| Guélékétiguila |
71 |
5 |
1 (1,4) |
83,70% |
| Gouna |
66 |
25 |
3 (4,5) |
90,90% |
| Toumaniouléna |
80 |
8 |
0 |
69,56% |
| Niomassala |
31 |
2 |
0 |
|
| Bourakala |
62 |
8 |
2 (3,2) |
77,77% |
| Linfara |
64 |
11 |
7 (10,9) |
|
| Djinétoumanina |
25 |
6 |
1 (4,0) |
84,00% |
| Madina-Diassa |
124 |
16 |
5 (4,0) |
88,00% |
| Total |
593 |
91 |
19 (3,2) |
83,01% |

Figure 1 : Taux d’infection des bovins par les trypanosomes, décelés à la BCT

Figure 2 : Taux d’infection des bovins par les trypanosomes, décelés à l’ ELISA
Pour étudier la dispersion écologique des espèces de glossines le long des affluents de la rivière Baoulé et des savanes avoisinantes, nous avons installé des pièges biconiques distants de 100 mètres le long du cours d’eau du village de Gouna. Des pièges ont été également installés sur un transect distant d’un kilomètre au nord et au sud de l’affluent. Les pièges du transect Nord ont été désignés comme des tampons Nord (TN), ceux du transect sud comme les tampons sud (TS). Carte.
2.2 Enquêtes protozoologiques
Des prélèvements sanguins ont été effectués sur 593 animaux dont 565 bovins et 28 asins, au niveau des 9 villages sélectionnés. Le sang à été prélevé à la veine jugulaire sur EDTA pour la recherche des trypanosomes par la BCT et la récolte de plasma destiné à des tests sérologiques éventuels. 91 échantillons de « buffy coat » ont été également préparés à partir du sang d’animaux positifs à la BCT ou ayant un hématocrite inférieur à 25%. Ces échantillons ont été analysés par l’ELISA et la PCR au CIRDES.
2.3 Lutte anti-vectorielle et participation communautaire
L'insecticide retenu pour l'imprégnation des supports est la deltaméthrine (pyréthrinoïde de synthèse, de SOFACO, Groupe ROUSSEL UCLAF) sous forme de concentré émulsifiable, K. Othrine pm 25 (25 g de matière active par litre). Le choix de cette formulation est dicté par des essais antérieurs qui la concèdent d'une grande facilité d'utilisation et d'une stabilité au stockage, à la lumière, à la chaleur et à l'eau.
La deltaméthrine est inodore, ne tâche pas et n'est pas corrosive. Elle est très toxique sur les animaux à sang froid, par contre, ne l'est pratiquement pas sur les animaux à sang chaud aux doses usuelles d'emploi.
Les galeries forestières et les savanes boisées infestées de glossines ont été traitées à l’aide d’un Système Attractif Toxique composé de pièges imprégnés placés respectivement à des intervalles de 200 - 400 mètres. La dose d'imprégnation retenue est 200 mg de matière active pour un mètre carré de tissu. La saison sèche longue d'environ 8 mois (d'octobre - novembre en mai - juin) a été mise à profit pour la pose des pièges.
L'application des traitements épicutanés aux bovins domestiques, à l'aide de pyréthrinoïdes, est partie intégrante des Systèmes Attractifs Toxiques.
Par manque d’insecticide sur le marché à cause des troubles en Côte d’Ivoire, nous avons utilisé le Décis (déltaméthrine 12,5 g de matière active par litre). Des pièges monoconiques) « Vavoua » (Photo 1) et des pièges biconiques « Challier-Laveissière » (Photo 2) ont été imprégnés à la dose de 150 mg par mètre carré de tissu, soit environ 450 mg de deltaméthrine par piège « Vavoua » contre 750 mg par piège biconique.
Les pièges ont été imprégnés et attribués aux 10 villages retenus à raison de 16 « Vavoua » et 4 biconiques par village, Mais le village de Madina Diassa a reçu 7 « Vavoua » de plus. Un total de 257 pièges imprégnés ont été distribués durant la première campagne.
Nous avons installé environ 10 pièges de lutte par village dans les zones à risque, et les autres ont été installés par les communautés rurales elles-mêmes.

Photo 1 : Piège monoconique « Vavoua »
En janvier 2004, 50 autres pièges « Vavoua » et 20 litres de Décis (12,5 g de deltaméthrine par litre) ont été distribués, dont 5 pièges et 2 litres par village. Les pièges de lutte ont été ré-imprégnés par les communautés villageoises et installés avant fin février 2004, après le passage des feux de brousse. Au total 307 pièges imprégnés ont été installés dans les zones à risque pour l’homme et le bétail (parcs, lieux d’abreuvement et de pâture) des 10 villages concernés.
Le suivi des activités de lutte a été réalisé par des évaluations avant et environ un an et deux ans après le début des traitements, à l'aide de pièges biconiques au niveau des points de contrôle retenus. Les glossines capturées sont récoltées toutes les 24 heures et durant deux jours successifs. Les contrôles ont été effectués en 2001 et 2002 avant l’installation du système attractif toxique (SAT), puis en novembre 2003 et janvier 2004 pour la première campagne, et octobre - novembre 2004 pour la seconde campagne de lutte.

Photo 2 : Piège biconique CHALLIER-LAVEISSIERE de capture
2.4 Etudes zootechniques et impacts socio-économiques des activités de lutte
Les critères retenus à travers lesquels l’impact des différentes activités de lutte contre les glossines et la trypanosomose pourrait être perceptible sur l’élevage, sont :
- l’évolution annuelle de l’effectif des troupeaux,
- les différentes sources d’entrée d’animaux dans le troupeau (naissance, achat et confiage) et de sortie des troupeaux (vente, mortalité, perte, abattage),
- l’apparition d’espèces animales très sensibles aux trypanosomoses (ânes, zébus),
- la facilité de conduite des animaux aux pâturages.
Les analyses socio-économiques ont porté sur :
- la caractérisation des exploitations agricoles,
- les charges variables et la valeur ajoutée du bétail,
- la valeur ajoutée agricole et la valeur ajoutée totale,
le coût annuel et le taux marginal de rentabilité de la lutte.
3.1 Enquêtes entomologiques
Densités et taux d’infection des glossines apparentes (Image 1 et Image 2)
Glossina palpalis gambiensis et G. morsitans submorsitans sont présentes dans les localités de Nyomassala, Linfara et Bourakala village, avec des densités apparentes moyennes souvent supérieures à 30 glossines/piège/jour.
Des densités faibles de G. palpalis gambiensis et G. morsitans submorsitans ont été trouvées dans les différents biotopes des villages de Bourakala hameau, Toumaniouléna et Djinétoumanina.
Des densités faibles de G. palpalis gambiensis et moyennes de G. morsitans submorsitans ont été trouvées autour des localités de Gouna et Kanibougoula.
3.3 Evaluation de la lutte anti-vectorielle
Nous avons évalué d’une manière quantitative l’action de l’installation des pièges imprégnés sur les densités apparentes des trois espèces de glossines présentes, au niveau des villages concernés par l’action de lutte.
Villages de Gouna, Madina-Diassa et Ranch de Madina-Diassa
Avant l’installation des pièges imprégnés la densité apparente moyenne globale des glossines était 15,71 glossines / piège / jour. Après l’action de lutte, elle est tombée à 0,32 et 0,57, soit un taux de réduction moyen global de 97,96% et 96,37% pour la première et deuxième campagne, respectivement (Figure 3 et Figure 4).

Figure 3 : Taux de réduction de la densité apparente de G.palpalis gambiensis et
G.tachinoides en galerie et G. morsitans submorsitans en savane boisée,
un an après l’installation des pièges imprégnés au niveau des villages de Gouna.
Madina-Diassa et ranch de Madina-Diassa

Figure 4 : Taux de réduction de la densité apparente de G.palpalis gambiensis et
G.tachinoides en galerie et G. morsitans submorsitans en savane boisée,
deux ans après l’installation des pièges imprégnés au niveau des villages de
Gouna. Madina-Diassa et ranch de Madina-Diassa
En galerie forestière la densité apparente moyenne de Glossina palpalis gambiensis était 13,00 avant l’action de lutte, 0,00 et 1,18 un et deux ans après, soit un taux de réduction de 100% et 90,92%. Celle de G. tachinoides était 4,00 avant la lutte, contre 0,45 et 0,09 un et deux ans après, soit un taux de réduction de 88,75% et 97,75%.
En savane boisée, la densité apparente moyenne de G. morsitans submorsitans était 13,23 avant l’action de lutte, 0,23 et 0,05 un et deux ans après, soit un taux de réduction de 98,26% et 99,62%.
Au niveau du village de Gouna, nous avons observé des taux de réduction de 100% pour les deux espèces riveraines en galerie. En savane boisée, des taux de réduction de 84,00% et 100% ont été obtenus chez G. morsitans submorsitans, un et deux ans après le SAT. Les taux de réduction globale des glossines ont été de 93,47% et 97,82% au niveau de ce village.
Au village de Madina-Diassa, les taux de réduction de 100% et 70,83% ont été observés chez G. palpalis gambiensis en galerie, contre 92,85% et 100% chez G. morsitans submorsitans en savane.
Sur le ranch de Madina-Diassa, 100% et 99,46% de taux de réduction ont été observés chez G. morsitans submorsitans en savane boisée. En galerie forestière, 100% et 94,17% de taux de réduction ont été obtenus chez G. palpalis gambiensis, contre 92,67% et 97,58% chez G. tachinoides.
Villages de Nyomassala, Linfara, Bourakala et Djinètoumanina
Avant l’installation des pièges imprégnés, la densité apparente moyenne globale des glossines était 7,61 glossines / piège / jour. Après l’action de lutte elle est tombée à 0,52 la première année et 0,47 la seconde année, soit un taux de réduction moyen global de 93,16% et 93,82%, respectivement (Figure 5 et Figure 6).
En galerie forestière la densité apparente moyenne de Glossina palpalis gambiensis était 10,76 avant l’action de lutte, 0,30 et 0,69 un et deux ans après, soit des taux de réduction de 97,21% et 93,58%. Celle de G. tachinoides était 0,69 avant la lutte, contre 0,38 et 0,00 un et deux ans après, soit des taux de réduction de 44,92% et 100%, respectivement.
En savane boisée, la densité apparente moyenne de G. morsitans submorsitans était 0,75 avant l’action de lutte, et 0,12 après, soit un taux de réduction de 84,00%.

Figure 5 : Taux de réduction de la densité apparente de G.palpalis gambiensis et
G.tachinoides en galerie et G. morsitans submorsitans en savane boisée,
un an après l’installation des pièges imprégnés au niveau des villages de
Nyomassala, Linfara, Bourakala et Djinètoumanina.
Au niveau du village de Nyomassala, nous avons observé des taux de réduction de 95,88% et 90,72% chez Glossina palpalis gambiensis (DAP = 32,33 avant, 1,33 et 3,00 après), et 100% chez G. tachinoides.
Au niveau du village de Linfara nous avons observé un taux de réduction de 100% chez Glossina palpalis gambiensis, contre 80,00% et 100% chez G. tachinoides. (DAP avant lutte = 20,00 et 2,50 respectivement pour les deux espèces)
Aucune glossine n’a été capturée au niveau du village de Bourakala, après l’installation des pièges imprégnés, soit un taux de réduction de 100% de la densité apparente des trois espèces de glossines.
Au niveau du village de Djinètoumanina, 100% de taux de réduction a été observé chez G. palpalis gambiensis, contre 83,52% chez G. morsitans submorsitans.

Figure 6 : Taux de réduction de la densité apparente de G.palpalis gambiensis et
G.tachinoides en galerie et G. morsitans submorsitans en savane boisée,
deux ans après l’installation des pièges imprégnés au niveau des villages de
Nyomassala, Linfara, Bourakala et Djinètoumanina.
Villages de Toumaniouléna, Kanibougoula et Guélékétiguila
Avant l’installation des pièges imprégnés, la densité apparente moyenne globale des glossines était 4,13 glossines / piège / jour. Après l’action de lutte, elle est tombée à 0,16 et 0,10, soit un taux de réduction moyen global de 96,12% et 97,57% (Figure 7 et Figure 8).

Figure 7 : Taux de réduction de la densité apparente de G.palpalis gambiensis et
G.tachinoides en galerie et G. morsitans submorsitans en savane boisée,
un an après l’installation des pièges imprégnés au niveau des villages de
Toumaniouléna, Kanibougoula et Guélékétiguila.

Figure 8 : Taux de réduction de la densité apparente de G.palpalis gambiensis et
G.tachinoides en galerie et G. morsitans submorsitans en savane boisée,
deux ans après l’installation des pièges imprégnés au niveau des villages de
Toumaniouléna, Kanibougoula et Guélékétiguila.
En galerie forestière, les densités apparentes moyennes de G. palpalis gambiensis et G. tachinoides étaient 4,86 et 0,46 respectivement avant l’action de lutte, et 0,00 un an après, soit un taux de réduction de 100%. En savane boisée, la densité apparente moyenne de G. morsitans submorsitans était 1,46 avant l’action de lutte, et 0,20 et 0,00 un et deux ans après, soit un taux de réduction de 86,30% et 100%, respectivement.
Aucune glossine n’a été capturée au niveau du village de Toumaniouléna, un an après l’installation des pièges imprégnés.
Au niveau du village de Kanibougoula nous avons observé un taux de réduction de 100% chez Glossina palpalis gambiensis, contre 86,66% et 100% chez G. morsitans submorsitans.
Au niveau du village de Guélékétiguila, 100% de taux de réduction a été observé chez G. palpalis gambiensis et G. tachinoides la première année, contre 97,10% et 100% la deuxième année, respectivement. Les taux de réduction de 66,66% et 100% ont été observés chez G. morsitans submorsitans en savane.
3.4 Evaluation des aspects zootechniques
L’évolution du nombre de bovin entre 2000 et 2004 est présentée au Tableau 1. Pour l’ensemble des villages, une augmentation de 24,0% de cheptel bovin entre 2000 et 2004 a été constatée. Cependant, le taux d’augmentation a varié dans un intervalle très large selon les villages. Les taux les plus élevés ont été constatés dans l’ordre décroissant à Linfara, Madina Diassa, et Nyomassala, tandis que les taux les plus bas ont été enregistrés à Djinétoumanina, Toumaouléna et Koloni. Dans les autres villages les taux ont été moyens (Tableau 1).
Tableau 1 : Effectif de bovins dans les villages en 2000 et 2004
Village |
Année |
Taux d’augmentation |
|
2000 |
2004 |
|
Koloni
Madina-Diassa
Toumaniouléna
Kanibougoula
Gouna
Linfara
Djinétoumanina
Guélékétiguila
Bourakala
Njomassala
|
147
161
174
287
180
50
66
139
217
35 |
158
267
187
340
224
87
70
156
270
46 |
7,5
65,8
6,9
18,5
24,4
74,0
6,1
12,2
24,4
31,4 |
|
Total
|
1456 |
1805 |
24,0 |
L’analyse des mouvements à l’intérieur des troupeaux a indiqué que certaines variables ont eu une influence significative sur l’évolution des troupeaux de 2000 à 2004 (Tableau 2). Parmi ces variables, la baisse de la mortalité (P < 0,001) et celle des avortements (P < 0,01) ont été les plus significatives. La baisse des achats ainsi que les pertes d’animaux ont été significativement plus faibles en 2004 par rapport en 2000. Il a été noté aussi une augmentation significative du nombre des ânes dans la même période. Par contre le nombre de veaux nés vivants et la vente n’ont pas été significativement différents entre 2000 et 2004, même si la tendance était à l’augmentation en 2004. Les abattages étaient apparemment à la baisse, mais la différence n’était pas significative.
Tableau 2 : Mouvement moyen des troupeaux entre 2000 et 2004
|
Année |
Moyenne
± erreur standard |
Niveau de signification |
2000 |
2004 |
|
|
| Effectif moyen par troupeau de bovin |
146,0 |
181,0 |
163,0 ± 27,7 |
NS |
| Entrée totale |
29,0 |
35,0 |
32,0 ± 6,3 |
NS |
| Nombre de veaux nés vivant |
23,0 |
33,0 |
28,0 ± 5,9 |
NS |
| Achat |
6,0 |
2,0 |
4,0 ± 1, 2 |
S |
| Sortie totale |
16,0 |
15,0 |
16,0 ± 3,4 |
NS |
| Nombre d’animaux morts |
2,8 |
0,5 |
1,6 ± 0.3 |
THS |
| Vente |
9,0 |
11,0 |
10,0 ± 2,4 |
NS |
| Abattage |
2,3 |
1,8 |
2,0 ± 0,5 |
NS |
| Perte |
1,5 |
0,6 |
1,0 ± 0,3 |
S |
| Avortements |
3,6 |
1,0 |
2,3 ± 0,6 |
HS |
| Effectif des ânes |
1,0 |
13,0 |
7,0 ± 1,9 |
THS |
Les principales sources d’entrée des animaux dans les troupeaux étaient constituées par les mises bas et les achats. Cependant, en 2004 la part des mises bas dans les entrées a significativement augmenté par rapport à 2000, tandis que celle des achats a baissé (Tableau 3).
Pour la sortie d’animaux, la part de la mortalité a baissé de façon très significative, alors que celle de la vente a augmenté, mais sans être significative. Les chiffres que l’on vient de voir sur le Tableau 3 permettent de dire que les différentes activités de lutte contre les glossines et la trypanosomiase ont eu un impact certain sur l’évolution de l’effectif des troupeaux de bovins dans les 10 villages tests. La baisse des avortements d’un côté et celle de la mortalité et d’abattage in extremis de l’autre ont permis d’augmenter le nombre d’animaux dans tous les villages. Le fait que l’augmentation des troupeaux s’est effectuée sur la base des naissances plutôt que sur celle des achats constitue un autre signe du succès de la lutte antivectorielle. L’augmentation significative du nombre d’ânes, animal le moins entretenu dans les villages, dénote de l’absence sinon de la baisse de la pression des glossines sur les animaux après deux ans de lutte.
Tableau 3 : Les principales sources d’entrée et les causes de sortie des animaux dans les troupeaux (%)
|
|
Année |
Moyenne
± erreur standard |
Niveau de signification |
2000 |
2004 |
Entrée
Naissance dans le troupeau
Achat |
77,5
22,5
|
92,5
7,5 |
85,0 ± 2,9
15,0 ± 2,9 |
HS
HS
|
Sortie
Mortalité
Vente |
34
|
14 |
11,7 ± 2,9 |
THS |
|
50,2
|
69,0 |
59,6 ± 6,6 |
NS |
Conclusion
Les activités de lutte contre les glossines et la trypanosomiase ont eu un impact très positif sur le cheptel et la population humaine. Cet impact sur les animaux est observable par :
- La baisse de la mortalité des animaux et surtout des veaux ;
- La baisse des avortements ;
- La baisse des achats d’animaux pour l’augmentation de la taille des troupeaux ;
- L’augmentation du nombre d’animaux ;
- La possibilité d’élever les ânes ;
- La facilité de la conduite des animaux ;
- L’augmentation de la production agricole.
3.4 Analyse socio-économique de la lutte
Les charges variables pour le bétail
En 2000, avant la lutte anti-tsé-tsé, les dépenses totales des 10 villages s’élevaient à 8 301 120 Fcfa et les dépenses en trypanocides représentaient environ 80% de ce montant total. En 2004 à la faveur de la lutte anti-vectorielle, les dépenses totales des 10 villages pour le bétail ont chuté à 5 791 240 Fcfa soit une réduction de 30%. Les dépenses en trypanocides ne représentent que 45% des dépenses totales.
La valeur ajoutée du bétail
La valeur ajoutée est la différence entre l’effectif total du bétail plus le lait produit valorisés aux prix du marché et les charges variables. Chaque animal a été valorisé au prix correspondant à sa catégorie. De la valeur totale du cheptel vif obtenue par la sommation des valeurs des différentes catégories et la valeur du lait produit fut retranchée les charges variables totales au niveau de chaque village. Les valeurs ajoutées ainsi obtenues indiquent une augmentation en 2004 par rapport à 2000 dans tous les villages de la zone d’étude.
On note que de 2000 à 2004, la valeur ajoutée passe de 73 684 380 Fcfa à 148 146 760 Fcfa, soit une augmentation d’environ 100%. Le minimum d’augmentation 82% est enregistré à Guélékétiguila tandis que le maximum 165% est enregistré à Linfara (Figure 9). Cette augmentation est imputable à la lutte anti-vectorielle qui a permis une augmentation de l’effectif totale et la production de lait par vache qui est passée de 0,5 litre par jour en 2000 à 1,5 litres par jour en 2004.
Figure 9 : Pourcentage d’augmentation de la valeur ajoutée en 2004 par rapport à 2000 par village

Source
La comparaison des valeurs ajoutées du bétail obtenues par exploitation agricole indique de façon générale une augmentation de 100% en 2004 par rapport à 2000. Ce sont des augmentations par exploitation qui varient entre 77 000 et 450 000 Fcfa. (Fig. 10).
Figure 10: Pourcentage d’augmentation de la valeur ajoutée en 2004 par rapport à 2000 par exploitationagricole
La valeur ajoutée agricole
La lutte anti-vectorielle a également eu un effet sur les travaux agricoles à travers les animaux de trait (bœufs et ânes) et les nuisances causées par les mouches tsé-tsé lors des travaux champêtres.
La valeur ajoutée agricole en 1999, excepté le village de Burakala, est inférieure à 10 millions de Fcfa quel que soit le village, elle est même négative à Madina Diassa (-1,3 millions). Nous avons retenu l’année 1999 comme année de référence car en 2000 les paysans de la zone cotonnière ont boycotté la culture du coton qui est la principale culture de rente de la zone.
En 2004, les valeurs ajoutées agricoles enregistrées par les villages sont toutes supérieures à 10 millions de Fcfa (excepté Linfara qui a obtenu 9 millions). La valeur ajoutée maximale est enregistrée à Burakala avec 44,9 millions de Fcfa. Les augmentations des valeurs ajoutées ont fluctué entre 50 et plus de 400% selon les villages (Figure 11). Ces augmentations sont imputables à l’amélioration de la santé des animaux de trait, la disparition des nuisances causées par les mouches tsé-tsé et l’augmentation des superficies cultivées.
Figure 11 : Les valeurs ajoutées agricoles en 1999 et 2004 par village (en Fcfa)
La valeur ajoutée totale
La valeur ajoutée totale (somme des valeurs ajoutées agricole et du bétail) des 10 villages est passée de 137,7 millions en 2000 à 368 millions en 2004, soit une augmentation de 167%. La valeur ajoutée par village en 2004 a varié entre 12 et 68 millions. La valeur ajoutée totale par exploitation agricole est passée de 473 000 à plus d’un million de 2000 à 2004, soit une augmentation d’environ 160%. La valeur ajoutée totale par exploitation agricole en 2000 avait varié entre 183 et 763 mille Fcfa, tandis qu’en 2004 le minimum était de 654 000 Fcfa et le maximum 1,7 millions de Fcfa.
Le coût annuel de la lutte anti-tsé-tsé
Le coût moyen annuel de la pose de 25 à 30 pièges est de 85 000 Fcfa par village. Le montant comprend le coût des pièges achetés à 5 000 Fcfa l’unité et les piquets achetés à 750 Fcfa l’unité, le tout amorti sur 3 ans (en tenant compte des vols, feux et autres pertes). Les temps de travaux sont estimés à 14 homme-jours par an. Ce temps tient compte de l’imprégnation des tissus, le temps de pose de surveillance hebdomadaire des pièges de janvier à juin. Les temps de travaux sont valorisés à 850 Fcfa la journée de travail. Le coût de l’insecticide est estimé à 950 Fcfa par piège.
En moyenne, une exploitation agricole dépense 3 251 Fcfa par an pour la lutte anti tsé-tsé (Figure 12).

Figure 12 : Coûts annuels de la pose de 25 à 30 pièges par village et par exploitation agricole (Fcfa)
Source
Le taux marginal de rentabilité de la lutte
Le taux marginal de rentabilité est calculé en tenant compte d’une situation sans lutte et une situation avec lutte. Il s’agit du rapport en pourcentage des bénéfices nets additionnels et coûts additionnels entraînés par la lutte anti-vectorielle (Table 4).
La lutte anti-tsé-tsé donne un taux marginal de rentabilité de 6593%, c'est-à-dire que chaque 1 Fcfa investit dans la lutte anti-vectorielle est récupérée avec un bénéfice net de 6 593 Fcfa. Cela montre que la lutte anti-vectorielle est une activité communautaire très rentable du point de vue économique.
Tableau 4 : Le taux marginal de rentabilité de la lutte anti-vectorielle (en %)
|
Années |
Coûts totaux (Fcfa) |
Bénéfices (Fcfa) |
Taux marginal de rentabilité
|
2000
|
6 451 441
|
137 735 095
|
65.93% |
|
2004
|
9 946 882
|
368 206 969
|
4. Conclusion et perspectives
Le fort taux de réduction de la densité apparente des populations de glossines s’explique par l’efficacité de la stratégie utilisée et la parfaite connaissance des zones à risques par les communautés locales. Il y a lieu de signaler également la faible pluviométrie de 2002 qui a provoqué une forte concentration des glossines au niveau des cours d’eau permanents, zones cibles, les rendant de ce fait plus vulnérables à l’action de lutte. L’augmentation relativement faible de la densité apparente lors de la deuxième évaluation, s’explique par le taux de recolonisation, car le contrôle a été effectué immédiatement après les pluies, avant l’installation des pièges pour la campagne suivante.
L’installation de pièges imprégnés de deltaméthrine par les communautés rurales a provoqué une diminution drastique des populations de glossines durant deux campagnes de lutte. La poursuite des activités de lutte va beaucoup diminuer les risques de ré-infestation de la zone assainie et contribuer à consolider les acquis. L’extension de la lutte au niveau d’autres zones à risques identifiable par l’analyse spatiale (SIG) pourrait augmenter sans nul doute l’efficacité de cette action de lutte contre G. morsitans submorsitans, espèce de savane la plus dangereuse.
De 2000 à 2004, l’augmentation de 100% de la valeur ajoutée du bétail (de 74 millions Fcfa à 148 millions Fcfa), et de 167% de la valeur ajoutée totale agricole (de 137,7 millions à 368 millions Fcfa), est due en grande partie à l’action de lutte, mais aussi à beaucoup d’autres activités menées par l’ONDY et la CMDT (formation, gestion du troupeau et des parcours, construction de barrages, amélioration des techniques culturales, etc.).
Les activités de ce présent rapport ont été financées par le FED dans le cadre du PROCORDEL (Programme Concerté de Recherche-Développement sur l’Elevage en Afrique de l’Ouest).
C’est la raison pour laquelle je me fais l’agréable devoir de remercier très sincèrement :
Prof. Abdoulaye S. GOURO, Directeur Général du CIRDES,
Dr Didier RICHARD, Directeur Scientifique du CIRDES,
Dr Marc DESQUESNES, Coordonnateur Général, PROCORDEL
Le personnel de l’ONDY (Madina-Diassa, Yanfolila) et les braves populations des villages concernés.
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