De la coordination continentale à l’action sur le terrain : l’Afrique progresse vers l’éradication de la Peste des Petits Ruminants (PPR)
Addis-Abeba (Éthiopie), 29 juillet 2026
Dix-huit mois après le lancement du Programme panafricain pour l’éradication de la Peste des Petits Ruminants (PPR), les pays africains et leurs partenaires passent des engagements continentaux à une mise en œuvre coordonnée.
La conférence de presse technique de mi-parcours du programme, organisée à Addis-Abeba, a permis de faire le point sur les progrès réalisés, d’identifier les défis persistants et de définir les priorités de la prochaine phase. Les échanges ont montré que des bases solides ont été mises en place, notamment grâce au renforcement des mécanismes de coordination, à la validation des plans stratégiques nationaux, à l’amélioration des capacités de surveillance et de diagnostic, ainsi qu’à des approches de vaccination plus ciblées.
Ils ont également délivré un message clair : la prochaine phase devra transformer ces systèmes et ces stratégies en actions durables sur le terrain.
Le programme est coordonné par le Secrétariat panafricain pour l’éradication de la Peste des Petits Ruminants (PAPS), hébergé par le Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (AU-IBAR). Il bénéficie d’un financement de 8 millions d’euros de l’Union européenne et est mis en œuvre en partenariat avec les États membres de l’Union africaine, les Communautés économiques régionales (CER), le Centre panafricain des vaccins vétérinaires de l’Union africaine (AU-PANVAC), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA).
Une maladie aux conséquences qui dépassent la santé animale
La Peste des Petits Ruminants (PPR) est une maladie virale hautement contagieuse qui touche les moutons et les chèvres. Sur les 55 États membres de l’Union africaine, 47 ont signalé la présence de la maladie, exposant ainsi une part importante du cheptel continental, estimé à près d’un milliard de moutons et de chèvres.
Dans les troupeaux non protégés, les flambées de PPR peuvent entraîner une mortalité extrêmement élevée. Toutefois, leurs conséquences vont bien au-delà de la perte des animaux.
Pour des millions de ménages ruraux et pastoraux, les moutons et les chèvres constituent une source de nourriture, de revenus et une forme d’épargne facilement mobilisable. Les familles les vendent souvent pour faire face à des dépenses urgentes telles que les frais de scolarité, les soins médicaux ou l’achat de denrées alimentaires en période de difficulté. Ces animaux représentent également un actif économique essentiel pour les femmes et les jeunes.
Lorsqu’un troupeau est décimé par la PPR, c’est tout le filet de sécurité financière d’un ménage qui peut disparaître en très peu de temps.
Le programme d’éradication ne se résume donc pas à une simple campagne de vaccination. Il constitue un investissement en faveur des moyens de subsistance des communautés rurales, de la sécurité alimentaire, du commerce du bétail et du renforcement durable des Services vétérinaires.
Mise en place d’un système de coordination continental
L’une des principales réalisations du programme a été la mise en place d’un système coordonné reliant les actions nationales, régionales et continentales.
Le Secrétariat panafricain de la PPR offre une plateforme centrale pour la planification, l’établissement de rapports, la gestion des données factuelles et la mobilisation des ressources. Les communautés économiques régionales aident les pays à harmoniser leurs approches, tandis que les structures consultatives régionales facilitent l’examen technique, l’apprentissage entre pairs et le suivi.
Le Groupe consultatif continental assure une supervision stratégique, avec le soutien des responsables vétérinaires en chef, des coordinateurs nationaux, des réseaux épidémiologiques et des réseaux régionaux de laboratoires.
Cette coordination est essentielle, car la maladie se propage par le biais des mouvements de bétail, des voies de transhumance, des marchés et du commerce transfrontalier. Les actions nationales ne suffisent pas à elles seules à enrayer la transmission lorsque les animaux et les personnes franchissent des frontières communes.
Comme l’a fait remarquer le représentant du Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine :
« Le Secrétariat panafricain de la PPR fournit l’architecture nécessaire pour que l’Afrique parle d’une seule voix et avance dans une même direction à l’échelle continentale. L’éradication de la PPR vise en fin de compte à protéger le cheptel dont dépendent des millions de familles africaines pour leur sécurité alimentaire, leurs revenus et leur résilience. »
Quatre communautés économiques régionales — couvrant l’Afrique de l’Ouest, centrale, orientale et australe — soutiennent désormais la coordination de la lutte contre la PPR en tant que fonction établie. Les stratégies régionales ont été révisées ou approuvées, tandis que la planification transfrontalière progresse dans des zones telles que la Corne de l’Afrique, le bassin du fleuve Mano et la zone de jonction entre l’Angola, la République démocratique du Congo et la Tanzanie.
La leçon qui se dégage est claire : les pays peuvent vacciner de manière indépendante, mais l’éradication nécessite une action coordonnée au-delà des frontières.
Transformer les stratégies nationales en plans réalisables
Des progrès ont également été réalisés pour traduire les engagements continentaux en actions nationales.
Vingt-et-un pays ont validé des plans stratégiques nationaux pour l’éradication de la PPR. Ces plans fournissent une base structurée pour évaluer la situation nationale de la maladie, définir les priorités, estimer les coûts et identifier les responsabilités.
Un plan validé et chiffré est plus qu’un simple document technique. Il permet aux ministères chargés de l’élevage et de la santé animale de mieux justifier leurs demandes d’allocations budgétaires nationales. Il offre également aux partenaires de développement et aux institutions financières un cadre crédible pour le cofinancement de la mise en œuvre.
L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture a souligné qu’un plaidoyer plus vigoureux était désormais nécessaire pour transformer ces plans en programmes financés.
« L’un des principaux défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui est le plaidoyer. Nous devons renforcer ce plaidoyer à tous les niveaux afin d’obtenir un financement accru et de mobiliser des ressources supplémentaires. Grâce à des investissements plus importants, les pays seront mieux à même de mettre en œuvre efficacement leurs programmes et d’atteindre leurs objectifs. »
La prochaine étape consiste donc à passer de plans approuvés à des actions financées et suivies.
Renforcement des capacités de surveillance et de diagnostic
Les 18 premiers mois ont également permis de consolider les données nécessaires pour orienter l’éradication.
Au total, 44 704 échantillons ont été analysés à l’aide de kits de diagnostic fournis à 23 pays. Quarante-neuf professionnels de laboratoire et de terrain issus de 24 pays ont été certifiés pour l’expédition en toute sécurité de substances infectieuses. En outre, 35 des 48 pays participants ont bénéficié d’une formation à l’utilisation du Système d’information sur les ressources animales de l’Union africaine.
Des activités de surveillance et de cartographie des risques sont également en cours dans 28 pays, axées sur les couloirs de transhumance, les zones frontalières et les zones épidémiologiques où les risques de transmission sont les plus élevés.
Ces avancées sont importantes car les pays doivent être en mesure de démontrer la présence, la réduction et, à terme, l’absence du virus à l’aide de données fiables. L’absence de maladie ne peut reposer sur des suppositions. Elle doit s’appuyer sur une surveillance crédible, des tests de laboratoire et une déclaration cohérente des cas.
L’Organisation mondiale de la santé animale a donc souligné l’importance de suivre la voie progressive reconnue menant au statut officiel de « indemne de maladie ».
« L’approche progressive devrait guider les pays vers la reconnaissance officielle de leur statut. Une compréhension commune et une coordination continue entre les parties prenantes aideront les services vétérinaires à respecter les normes internationales requises et à franchir chaque étape du parcours de reconnaissance. »
Disposer de données fiables n’est donc pas une exigence administrative secondaire. C’est un élément central du processus d’éradication.
Vers une vaccination plus ciblée
Le passage de campagnes de vaccination à grande échelle à une vaccination plus ciblée et fondée sur les risques a constitué une avancée technique majeure.
Cette approche s’appuie sur les « épisystèmes », des zones définies en fonction de la manière dont le virus est maintenu et transmis à travers les systèmes de production animale, les mouvements d’animaux, les marchés et les couloirs transfrontaliers.
En se concentrant sur les zones où la maladie est la plus susceptible de circuler, les pays peuvent coordonner la surveillance et la vaccination dans les zones interconnectées plutôt que de se fonder uniquement sur les frontières administratives.
La planification transfrontalière progresse dans quatre zones prioritaires : la région des Grands Lacs, le bassin du fleuve Mano et la zone tampon méridionale.
La modélisation du programme indique que cette approche pourrait réduire considérablement le coût de la vaccination. La vaccination généralisée à l’échelle du continent est estimée à environ 408 millions de dollars US, contre environ 184 millions de dollars US pour une vaccination ciblée fondée sur le risque épidémiologique.
Un meilleur ciblage peut donc réduire les coûts tout en améliorant l’efficacité de la lutte contre la maladie.
Toutefois, le succès de la vaccination dépend également de la disponibilité de vaccins dont la qualité est garantie, de moyens de diagnostic fiables et de systèmes de distribution efficaces.
Le Centre panafricain des vaccins vétérinaires de l’Union africaine a souligné cette exigence :
« Pour éradiquer la peste des petits ruminants, nous devons produire des vaccins de haute qualité et garantir la disponibilité de tests de diagnostic spécifiques et sensibles. Ceux-ci sont essentiels pour la surveillance, la détection précoce et la lutte efficace contre la maladie. »
Son travail en matière d’assurance qualité des vaccins, de production de kits de diagnostic et d’innovation contribue à renforcer les capacités africaines à long terme pour l’éradication de la maladie.
Principaux enseignements tirés de la discussion
La table ronde a permis d’identifier plusieurs enseignements qui devraient guider la prochaine phase.
Premièrement, les structures de coordination doivent déboucher sur des décisions claires et responsables. Les réunions et les organes consultatifs n’ont de valeur que lorsque les actions convenues sont prises en charge par des institutions responsables, assorties de délais réalistes et de mécanismes permettant de remédier aux retards.
Deuxièmement, la préparation technique doit s’accompagner d’un financement et d’un approvisionnement en temps opportun. Les plans, l’expertise et les outils ne peuvent produire de résultats lorsque le financement est retardé ou que les fournitures essentielles arrivent après la période de vaccination ou de surveillance appropriée.
Troisièmement, les vaccins, les kits de diagnostic, les réactifs et la logistique de transport doivent être planifiés bien à l’avance. La peste des petits ruminants est une maladie où le temps est un facteur critique, et les retards de mise en œuvre permettent au virus de continuer à se propager.
Quatrièmement, l’appropriation nationale déterminera le rythme des progrès. Les organisations continentales et régionales peuvent coordonner les efforts, fournir des normes et mobiliser un soutien technique, mais la mise en œuvre dépend en fin de compte des services vétérinaires nationaux, du leadership gouvernemental et d’un financement national durable.
L’Union européenne a qualifié sa contribution de « catalytique » :
« Nous fournissons l’investissement initial nécessaire pour lancer, soutenir et intensifier les efforts d’éradication. Cependant, un succès durable ne peut dépendre uniquement d’un soutien extérieur. Il nécessite un engagement national durable, une appropriation nationale et des investissements continus de la part des pays africains. »
Le gouvernement éthiopien s’est fait l’écho de ce message et a appelé à une collaboration renforcée entre les États membres, les communautés économiques régionales et les partenaires au développement.
« L’Union européenne a fait preuve d’un leadership important grâce à un financement catalyseur, mais elle ne peut assumer seule cette responsabilité. Un engagement national plus fort, une coopération régionale et un soutien international supplémentaire seront nécessaires pour éradiquer la peste des petits ruminants. »
La prochaine étape : obtenir des résultats à grande échelle
Les 18 premiers mois ont été principalement consacrés à la mise en place des fondements institutionnels, techniques et de planification nécessaires à l’éradication à l’échelle du continent.
La prochaine étape doit démontrer que ces fondements peuvent produire des résultats mesurables.
Les actions prioritaires comprennent la mise en œuvre des plans stratégiques nationaux, la finalisation des cartes de risque, l’extension de la surveillance transfrontalière, la synchronisation des campagnes de vaccination, le renforcement des capacités des laboratoires et l’amélioration des systèmes de notification aux niveaux national, continental et international.
Les pays doivent également continuer à progresser selon la voie d’éradication reconnue : comprendre la situation épidémiologique, contrôler la transmission, démontrer l’absence du virus et obtenir la reconnaissance officielle du statut « indemne ».
La mobilisation des ressources restera essentielle. Les 8 millions d’euros fournis par l’Union européenne n’étaient pas destinés à couvrir le coût total de l’éradication. Ils ont plutôt contribué à mettre en place les systèmes de coordination, de collecte de données, d’assurance qualité et de planification nécessaires pour rendre plus efficaces les investissements nationaux et ceux des partenaires, plus importants.
Les arguments économiques en faveur de l’éradication sont solides. Les estimations du programme indiquent un rapport coûts-bénéfices mondial de 33,8 pour 1 et des bénéfices nets potentiels d’environ 74 milliards de dollars US sur 15 ans.
Cependant, c’est au niveau des ménages que l’on verra le plus clairement les résultats : une famille qui ne perd pas son troupeau, un éleveur qui peut poursuivre son activité commerciale, une femme qui conserve un actif productif et un pays capable de participer à des marchés régionaux du bétail plus sûrs.
Le programme africain d’éradication de la PPR a dépassé sa phase de lancement. Il bénéficie désormais d’une coordination renforcée, de plans nationaux et régionaux, de systèmes de surveillance et de diagnostic améliorés, ainsi que d’une approche plus efficace en matière de vaccination.
La voie vers une Afrique exempte de PPR d’ici 2030 se dessine de plus en plus clairement. Le défi consiste désormais à traduire ces progrès en une mise en œuvre durable sur le terrain, en un renforcement des investissements nationaux et en une interruption définitive de la transmission du virus.